II

Publié le par Luscyhl

Je suis vendeuse dans un magasin de vêtements pour femme. Je fais de tout, je suis en rayon, à la caisse, aux cabines ou encore en réserve. La réserve, c’est ce que je préfère. Je peux m’évader dans mes pensées sans me faire harponner par la gérante. Elle ne cesse de me répéter chaque jour « Prescilia ! Vous êtes vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter pas serveuse dans une boucherie, alors faites un p’tit effort, maquillez vous, soignez votre apparence ! ». Avant, je me trouvais presque jolie et j’aimais prendre soin de moi. Plus maintenant.

Je m'ennuie. Il m'est insupportable de venir travailler. Tout m'agace : cette masse de fringues à ranger encore et encore ; les clientes indécises ; les "tout est en magasin ?" ; la musique diffusée à la radio. La radio... 
Ici, le choix de la station de radio fait office de bataille entre la nouvelle responsable du magasin et la vieille responsable de rayon. Virgin radio contre Alouette. Celle qui est désignée à la caisse pour la journée se réserve le droit de décider du choix. Par provocation, elle s'autorise à afficher son air satisfait sur son visage, trop maquillé.

 

Mes collègues sont fardées et lissées comme des poupées. Elles ont toutes la même voix à monter dans les aiguës et le sourire de clientèle figé. Nous portons les mêmes hauts : trop serrés ou trop grands et trop colorés.

A chaque pause, elles fument et parlent planning, vacances, chéri, bébé. Elles se trouvent toutes trop grosses alors elles mangent des feuilles de salade, une tomate et une carotte crue, le tout soigneusement préparé dans un tupperware qu’elle trimballe dans un mini sac en papier glacé « Comptoir des cotonniers », « Maje » ou encore « Chanel ». Sûrement un achat très lointain - vu la dégradation du sac - d’une écharpe ou d’un débardeur soldé. Notre salaire ne nous permettrait pas plus. Elles le savent mais cela ne les empêche pas d’espérer passer pour une autre aux yeux des autres gens. Comme si ils avaient de la merde dans les yeux..
Il est hélas difficile de devenir la femme que nous aurions voulu être.

Je songe à quitter ce taf  qui me ronge et ces collègues qui me dénigrent d’un simple regard eye-linerisé. Partir.

Suite mardi prochain.

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Publié dans Mardi c'est sursis

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