VI

Publié le par Luscyhl

Je me réveille péniblement dans une pièce très éclairée. Les murs sont blancs. Le plafond est blanc. Le sol est blanc. La porte de la chambre est à la moitié vitrée.

Je me lève vers la fenêtre dépourvue de rideaux et de poignée. Elle a été démontée. On voit encore la trace de son emplacement initial. J’aperçois une route goudronnée, des arbres et quelques bancs.

Dans la pièce, il y a une armoire, une table de chevet, un lavabo et des toilettes scellés.  

Un plateau repas est déposé sur la table. Les plats sont recouverts d’un film transparent. Les couverts sont en plastique. Je me demande bien comment je peux manger cette viande avec un couteau à lame lisse. Peu importe, je n’ai pas faim de toute manière.

Un verre rempli de médicaments de toutes les couleurs est soigneusement posé près du plateau. Une étiquette est collée dessus : « Prescilia Sanguy, CH 17 ».

 

Un homme et une femme en blouse m’observent par la vitre puis entrent dans la pièce. Ils me demandent comment je me sens et si je sais ce que je fais ici. Je ne réponds pas. Ils me posent des questions sur "mes angoisses" et "sur ce qu’il s’est passé il y a trois ans et demi". Il n’y a rien à raconter. Ils reprennent en me disant que « mon ami » est inquiet et préoccupé par mon état de santé. Je ne réponds toujours pas.

Echange de regards, ils s’orientent en direction de la porte. L’homme me précise, après avoir passé sa carte magnétique, que j’ai la possibilité de sortir si je le souhaite. Je ne les salue pas. Je n’arrive pas à trouver mes mots. Mon cerveau est comme figé.

 

Je trouve des semblants de chaussons au pied du lit. Deux charlottes en papier. Je suis nue sous ce pyjama horriblement bleu. Qui a bien pu me déshabiller ?!

Il y a beaucoup de bruits dans le couloir : des grincements de chariots, des gens qui parlent forts, des rires et des cris. Nous portons tous la même tenue. Certains sont accroupis dans les recoins des murs ; pendant que d’autres font des allers et retours dans le couloir. Un jeune homme joue avec ses mains en les entortillant et en articulant des bruits d’animaux. Une femme m’accoste pour me demander comment je m’appele. Je bafouille : « Prescilia ». Elle me répète la même question. 2 fois, 3 fois, 4 fois. Je la fuis, elle m’effraie. Comment j’ai pu me retrouver ici…

 

Les portes au bout du couloir sont fermées à clé. Je demande à l’homme qui est entré dans ma chambre tout à l’heure comment je peux m’en aller d’ici. Il me prend par les épaules et me dit qu’il faut que je me repose. Je n’ai aucune envie de dormir. Je ne sais même pas comment je suis arrivée ici.

Pourquoi je ne suis pas chez moi ? Qu’est ce qu’il s’est passé ? Où est Stéphane ?

Il veut me raccompagner dans ma chambre. Je lui retire son bras et je m’en vais vers la « salle de séjour », c’est écrit dessus. Deux employées sont en train de faire le ménage. La fenêtre est ouverte. L’air glacé me saisit. Je me recroqueville sur une chaise, la tête posée entre mes mains.  

J’entends une des femmes chuchotée à l’autre : «Qui sait ?». Elle répond à demi-mot : «C’est l’entrée d’hier soir. Celle qui s’est fait avorter et qui est persuadée que son enfant est encore vivant.». Puis renchérit pour satisfaire la curiosité malsaine de sa collègue : «Le père l’a laissé tomber. Apparemment, il serait parti avec une autre. C’est son ami qui a dit ça.»

 

De rage, je me lève et pousse la femme située à proximité de la fenêtre. L’autre crie pour appeler de l’aide, en relevant sa collègue du sol. J’enjambe la fenêtre. Je me retourne et je vois un attroupement de blouses blanches. Je ne peux plus faire marche arrière. Je suis depuis longtemps déjà condamnée. Rien n'ira jamais mieux demain. Je prends une profonde respiration : un, deux et tr...

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Publié dans Mardi c'est sursis

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