IV

Publié le par Luscyhl

Depuis mon enfance, j’entends ma mère se plaindre de mon père. Elle dit qu’il ne lui a jamais « tapé dans l’œil » mais que c’est comme ça, qu’on n’a pas toujours le choix dans la vie et qu’il vaut mieux choisir la raison à la passion. Mon père, lui, est bien  trop occupé à réaliser ses maquettes d’avion pour se préoccuper de son couple et des états d’âme de sa femme incontestablement aigrie.

 

Alors je me dis que c’est comme ça pour moi aussi.  Et puis, c’est plus facile d’être avec quelqu’un que l’on n’aime pas vraiment. Quoi qu’il arrive, rien ne vous touche. L’indifférence totale. On n’éprouve aucun sentiment et aucune émotion. Rien ne vous fait sourire mais rien ne vous fait souffrir. C’est le compromis que j’ai choisi.

Sexuellement, c’est un peu la même chose. Nous faisons évidemment l’amour, comme tous les autres couples de notre âge. Enfin, quand il en a envie. Certains soirs, il a ce regard qui change, ses mains moites se baladent sur le bas de mon ventre sous ma nuisette en coton ; je lui dis de patienter quelques instants. C’est devenu comme un rituel. Je vais dans la salle de bain. J’enlève d’abord mon protége slip, je le mets en boule, je l’enroule dans du papier toilette et je le mets à la poubelle. J’ouvre l’armoire à pharmacie, j’attrape les lingettes Intima ; j’en passe une devant et puis une autre derrière. Lui, il s’en fout ; c’est moi qui suis gênée avec ça. L’odeur des pertes vaginales me dérange.

Je me lave ensuite les mains puis je me déshabille. J’accroche ma nuisette au porte manteau qui m’est destiné, celui de couleur bleu. Le vert, c’est le sien ; une de ses idées en allant à Brico Dépôt. Je la mets sous mon peignoir en me disant que je ne la mouillerai pas demain matin quand je sortirai du bain.

Je ne me regarde jamais dans la glace de la salle de bain quand je suis nue. J’évite même quand je suis habillée. La lumière du néon me donne encore plus mauvaise mine. Mes cheveux semblent gras, mes yeux enfoncés et mon nez élargi. Je ne supporte plus la pesanteur de mes seins, devenus trop lourds ; ni même les vergetures qui les recouvrent.


Je le rejoins. Le tiroir de la table de nuit où il range les préservatifs est ouvert. Il m’attend. Je me glisse sous les draps et j’éteins la lumière. Cela ne dure pas très longtemps généralement. Certains soirs, il éprouve le plaisir de recommencer : une fois, deux fois tout au plus.

Je ferme les yeux et ma respiration s’accélère. Sans un mot ni un regard pour lui. Parfois, j’ai mal alors je fais semblant. Je sais qu’il n’y ait pour rien. C’est pour cette raison que je ne lui dis pas. Je ne lui dis d’ailleurs jamais rien. Il ne sait rien, je ne sais rien et je ne veux rien savoir. Ca l’ennuie mais il ne s’en plaint pas. 

A suivre mardi prochain.

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Publié dans Mardi c'est sursis

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C
<br /> J'aime beaucoup le petit clin d'oeil féministe, l'éloge du protège slip roulé en boule qui me rappelle tant de soirée à se fendre la tronche :)<br /> <br /> <br />
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