Volutes partent en fumée
L'air salin se dépose sur nos visages. Les voiles fasseyent et les mâts claquent contre les drisses dans nos oreilles. Le vent emmêlent nos cheveux. L'horizon submerge nos yeux. L'humidité réunifie nos corps morcelés. Il n'y a pas de plus belle liberté où nos sens se voient autant exacerbés.
Toutefois, il n'existe pas de savoureuse ode à la sérénité sans cigarette, me dis tu. Un esprit de contradiction pour certains ; pour toi, non. Le pragmatisme médical semble avoir ravagé bon nombre d'encéphales et appauvries certaines philosophies. Normal ou pathologique, il faut choisir. Nous vivons pourtant pour ce que nous dépendons et parfois même, nous en mourrons. L'idée d'être le support rassurant d'une liberté illusoire te fait sourire. Jaune, évidemment. A trop regarder tes liens, peut-être finissent ils par ne plus voir ceux auxquels ils sont amarrés. Tu sais pas, tu t'en fous et tu as raison.
La clope, c'est ton effet iceberg. Sous l'eau, ce "elle" n'est pas matérielle et se conjugue au pluriel. Les apparences sont trompeuses et, c'est en s'en rapprochant qu'on mesure leurs dangerosités. Trop tard ; toucher, couler. Chaque geste est réflexe, mais chaque étape est connexe. La molette frotte la pierre à briquet. La flamme allume le papier et le tabac. Les lèvres embrassent le filtre. La toxicité de la fumée est avalée, le reste est libéré. Consumer puis jeter. Encore. Encore. Toujours plus nombreuses à brûler entre tes doigts. Tu espères t'en fatiguer pour tout arrêter. Parce que derrière ta froideur émotionnelle vient alors ce narcissisme travesti, laissant place à un manque de confiance en soi parfaitement dissimulé.
Faut-il ou doit-on être ce que nous sommes vraiment. Sommes nous vraiment ce que nous croyons. Au fond, dans le miroir, on ne sait plus très bien qui voir.
Le paquet est terminé. Nous nous retirons alors, en laissant à chaque pas une empreinte pour sillage. Dans une heure les vagues les auront effacées.