Une cage dorée perchée sur une montagne d’illusions

Publié le par Luscyhl

« Waaaaa, c’est trop la classe ici ! Il doit faire bon y vieillir ! »

 

Ça c’est la premier effet kiss cool.

 

Il passe généralement très vite. Sauf qu’il est alors trop tard…

 

Vous êtes tout d’abord accueillis par un réceptionniste mielleux passant  son temps à recoiffer ses cheveux, vulgairement gominés en arrière et surtout ravagés par une affreuse calvitie, dans le reflet de l’ordinateur et vous servant des « Bonjour mademoiselle ! » gencivaires.

 

Une plaquette en papier glacé (le ton a le mérite d’être donné) du fonctionnement de « la résidence » vous est remise. S’appuyant sur des théories scabreuses dérivées de Carl Rogers. A coup de « mieux vivre » et de « soucis d’individualisation ». L’humanitude n’est pas encore passée par la, une question de temps certainement, cela ne devrait plus être très longtemps désormais. (Encore deux ou trois pigeons à plumer à 3000 euros mensuel et le compte sera bon pour refaire des plaquettes flambant neuves, chic !)

 

Par ici la visite guidée :

 

Une fontaine, encrassée par la mousse, dite  « contemporaine » surplombe la terrasse : « Jean Edouard, cette fontaine est de toute beauté ! C’est tout à fait magnifique. », vue derrière les baies vitrées, oui. De plus près, l’eau est aussi verte que celle d’un marécage, elle empeste la fermentation organique et il n’y a plus aucun poisson recensé vivant dans le bassin.

 

Les couloirs, les marches et les chambres sont moquettés. « Une ambiance feutrée » parait-il. On place alors stratégiquement des tapis après « des petits accidents », comme ils disent. Ici, c’est un peu comme entre un jeune couple, il est pénible d’envisager certaines fonctions fondamentales de notre organisme…

 

De vrais chefs cuisiniers ; des serveurs en costard ; des serveuses androgynes malgré elles ; de la vaisselle en porcelaine à  tête de lion et des cloches sur chaque assiette. Le tout pour proposer une bousée de purée Mousseline et du jambon premier prix mixé. 

 

Des vieilles peaux fardées par YSL, de la bouche en cul de poule jusqu’aux ongles. Des papy antipathiques et méprisants. Ça sent la crème anti-rides grasse ; la naphtaline en overdose ; la transpiration camouflée par un parfum désenchantée et le Stéradent périmé.

 

Tout est arrangé pour vous donner l’illusion de n’être ici que pour un succinct passage. Le temps d’une excursion, vous savez ce fameux « long voyage »… Où il est inutile d’emporter ses valises. (Mis à part peut-être vos chaînes au pied que vous traînez depuis toutes ces années.) Une véritable mascarade composée d’une succession de « trompe l’œil » : des appellations de pièces de séjour pompeuses ; de vilaines croûtes en guise de pâle copie de tableaux célèbres ; des reproductions de fauteuils Voltaire au rabais ; des chambres à numéro ; des clés d’appartements privés ; des fleurs faussement naturelles ; des désodorisants dissimulés et de la musique filtrée. Rien n’est laissé au hasard au pays des tortues friquées. (Sauf que les tortues, elles, ont au moins la décence de se taire quand elles n’ont rien à dire. Contrairement à l’espèce en voie de progression que je vous décris.)

Jusqu’aux chariots de soins cachés dans des pièces, prévues à cet effet, car il n’est pas de bon ton ici d’assimiler vieillesse et changes anatomiques. (Quitte à économiser sur l’achat de boites de gants pour financer les nouvelles plaquettes. Toute façon, cela n’importunera pas le moindre énergumène. Du moment que le petit personnel ne touche pas avec leurs sales mains au somptueux plaid cachemire, griffé Pierre Cardin.)

 

Oui, vraiment calculé au millimètre près. Paradoxalement, cela donne une impression de flou artistique gigantesque. Au fond, on ne sait pas bien qui est fourvoyé dans l’histoire : la personne qui se résigne à y vivre jusqu’à la fin de sa vie, la famille déculpabilisée « d’abandonner » son proche dans un « cadre coquet » ou le personnel acceptant d’être considéré comme un chien pour gagner une poignée de fric. 

 

Il est préférable de se convaincre que ces trois catégories sont totalement bluffées par cet univers… au moins, on ne se sera pas tentés de se demander : et si personne n’était dupe ? 

 

Sortie imminente : dimanche, 20h, je chanterai Brel la bouche en cœur  « Les bourgeois c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient… »

 

Quant à vous… patience… la décadence.

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Publié dans Sur la ligne blanche

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Commenter cet article
C
<br /> <br /> D'ici la quille, les mains et même carrément dans la merde, plein de courage à toi. Salue les bien bas en reprenant plutôt Piaf : "Nooooooon, rien de rieeeeeen. Nooooon, je ne regrette<br /> rieeeeen..." pour toi et pour eux ^^<br /> <br /> <br /> :)<br /> <br /> <br /> <br />
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